Au Burkina Faso, l’accès au crédit bancaire classique reste un obstacle majeur pour la grande majorité de la population. Les entrepreneurs du secteur informel, les agriculteurs, les femmes commerçantes se heurtent aux mêmes exigences : garanties immobilières, bulletins de salaire, dossiers formels. Résultat : des millions de personnes restent exclues du financement.
C’est dans ce vide que les institutions de microcrédit au Burkina Faso ont construit leur rôle. En permettant d’accéder à des crédits de quelques dizaines de milliers à plusieurs millions de francs CFA, elles jouent un rôle structurant dans l’économie burkinabè. L’agriculture emploie environ 60 % de la population burkinabè, et le déficit de financement pour les micro, petites et moyennes entreprises du secteur est estimé à 1,6 milliard de dollars selon l’IFC, un chiffre qui illustre l’ampleur du besoin.
Ce guide vous présente les organismes de microcrédit les plus sérieux au Burkina Faso : qui sont-ils, que proposent-ils concrètement, à qui s’adressent-ils ? Et surtout, comment choisir selon votre situation réelle ?
Ce qu’il faut savoir sur la microfinance au Burkina Faso avant de se lancer
Le secteur financier burkinabais est en pleine expansion. Voici ici les informations clés à retenir par rapport à ce domaine.

Un secteur encadré et en pleine modernisation
La microfinance burkinabè n’est pas une zone grise. Elle est réglementée par la loi n°023/AN du 14 mai 2009 portant réglementation des systèmes financiers décentralisés (SFD), et supervisée par le Ministère de l’Économie et des Finances ainsi que par la BCEAO pour les institutions de plus grande taille.
En avril 2026, le Ministère de l’Économie et des Finances a publié une liste officielle limitant à 120 les structures habilitées à exercer des activités de microfinance sur l’ensemble du territoire national. Cette mesure fait suite à l’application de la loi n°001-2025/ALT du 13 février 2025. Le Ministère précise que seules ces 120 institutions sont légalement autorisées à effectuer la collecte de l’épargne, l’octroi de crédits et les engagements par signature. Le gouvernement invite les populations à la plus grande vigilance et à ne traiter qu’avec les établissements figurant sur cette liste officielle.
En février 2025, l’Assemblée législative de transition a adopté un nouveau projet de loi portant réglementation de la microfinance. Ce texte, dont les travaux ont été initiés par la BCEAO dès août 2018, modernise le cadre existant. Il rationalise les formes juridiques autorisées (société coopérative et société anonyme uniquement), impose la mise en place d’un conseil d’administration, clarifie les rôles de supervision entre le Ministre des Finances et la Commission bancaire, et élargit les activités autorisées. Il inclut désormais la finance islamique, les services de paiement, l’émission de monnaie électronique, le crédit-bail et l’affacturage.
En clair : avant de signer quoi que ce soit avec une IMF, exiger son numéro d’agrément est un réflexe de base. C’est votre première protection.
La structure du marché : quelques grands acteurs, beaucoup de structures locales
Le paysage de la microfinance burkinabè est concentré autour de quelques institutions de grande taille, aux côtés de nombreuses structures plus modestes souvent spécialisées sur une zone géographique ou un public cible précis. L’Association Professionnelle des Systèmes Financiers Décentralisés du Burkina Faso (AP/SFD-BF) regroupe les principaux acteurs, coordonne leur représentation et assure des formations professionnelles régulières.
Les principaux organismes de microcrédit au Burkina Faso
Le Burkina comporte de nombreuses institutions financières capable de vous octroyer des crédits. Voici ici une sélection des plus populaires.

1. Le Réseau des Caisses Populaires du Burkina (RCPB)
Si la microfinance burkinabè avait un visage, ce serait celui du RCPB. La première caisse populaire a été créée en 1972 avec l’appui de Développement International Desjardins (DID) du Canada. La notion de réseau est apparue en 1985 avec le déploiement de l’expérience dans les régions du Centre et du Nord. C’est aujourd’hui l’institution de microfinance la plus ancienne et la plus importante du pays.
Le RCPB compte 35 caisses populaires affiliées à la Faîtière des Caisses Populaires du Burkina (FCPB), avec plus de 200 points de vente couvrant l’ensemble des 45 provinces et plus de 1 200 travailleurs. La FCPB est agréée sous le numéro A-13130463 du 19 juin 2013. La structure est organisée en cinq délégations régionales : Centre (Ouagadougou), Est (Koupéla), Nord (Ouahigouya), Ouest (Bobo-Dioulasso) et Sud-Ouest (Diébougou).
Sa philosophie est coopérative : les membres sont à la fois clients et copropriétaires de leur caisse. Les caisses collectent l’épargne des membres et la redistribuent sous forme de crédits à ceux qui ont un besoin de financement.
Pour qui ? Toutes les catégories de la population, des particuliers ruraux aux petits commerçants urbains. Sa présence nationale en fait souvent le premier recours dans les villes et villages où aucune banque classique n’est implantée.
2. ACEP Burkina : Le spécialiste de la TPE et PME urbaine
ACEP Burkina (Agence de Crédit pour l’Entreprise Privée) est, selon l’IFC, la deuxième institution de microfinance du Burkina Faso. Créée en juin 2012 sous la forme d’une société anonyme avec conseil d’administration, elle est adossée au groupe ACEP International et a été cofondée avec I&P Afrique Entrepreneurs. Depuis 2013, l’institution a injecté plus de 100 milliards de FCFA dans l’économie burkinabè, au bénéfice de plus de 20 000 entrepreneurs. En avril 2026, ACEP a inauguré sa 15e agence, à Koupéla dans la région du Nakambé, poursuivant ainsi son déploiement dans les villes secondaires.
Son modèle repose sur une analyse du risque de crédit basée sur l’activité réelle de l’entrepreneur plutôt que sur des garanties immobilières. Cette approche lui permet de traiter les demandes rapidement. Un commerçant en électronique de Ouagadougou témoignait auprès de la Banque Européenne d’Investissement avoir obtenu son premier prêt en une semaine là où une banque classique lui aurait demandé trois mois.
Son site officiel présente des crédits TPE à partir de 100 000 FCFA et des crédits PME jusqu’à 100 millions de FCFA, ainsi qu’une gamme de produits d’épargne (Dépôt à Terme, Épargne Éducation, Épargne Projet, Épargne logement, Épargne libre) et des instruments de garantie (attestations de capacité financière, garanties de soumission, etc.).
En 2023, l’IFC lui a accordé un prêt en monnaie locale équivalent à 2 millions de dollars afin d’élargir le financement pour les MPME agricoles et les entreprises rurales, en particulier celles appartenant à des femmes.
Pour qui ? Commerçants, artisans, propriétaires de TPE et PME dans les zones urbaines et périurbaines qui ont besoin de réponses rapides, sans épargne préalable requise.
3. PAMF-BF : L’inclusion financière rurale portée par le réseau Aga Khan
La Première Agence de Microfinance – Burkina Faso (PAMF-BF) est une filiale du Réseau Aga Khan de Développement (AKDN), créée en 2006 par l’Agence Aga Khan pour la Microfinance (AKAM). Elle se distingue par son ancrage profond en milieu rural : selon la Fondation Grameen Crédit Agricole, 84 % de son portefeuille est dédié au financement de l’agriculture. Maraîchage, production de céréales, élevage, petit commerce en zones rurales : c’est son cœur de métier.
Environ 26 % de ses emprunteurs et déposants sont des femmes. L’institution est reconnue par ses partenaires internationaux pour ses bonnes pratiques en matière de protection des clients. Sa mission est d’offrir des services financiers inclusifs et durables contribuant à l’autonomisation des individus et au développement communautaire.
Pour qui ? Agriculteurs, éleveurs et petits commerçants des zones rurales qui ont besoin de financement pour des cycles de production.
4. AMIFA (Atlantic Microfinance for Africa)
AMIFA est la branche microfinance du groupe Banque Populaire du Maroc, présente au Burkina Faso. Elle propose des prêts individuels destinés aux micro-entrepreneurs du secteur informel souhaitant créer, moderniser ou développer leurs activités. Sa gamme comprend des prêts solidaires progressifs pour les personnes à faibles revenus sans garanties réelles, et des prêts individuels pour les clients disposant d’un historique de remboursement solide.
Pour qui ? Micro-entrepreneurs du secteur informel, notamment ceux qui souhaitent construire un premier historique de crédit via un prêt solidaire, avant d’évoluer vers du crédit individuel.
5. YIKRI
YIKRI, créée par l’ONG internationale Entrepreneurs du Monde, est une institution de microfinance sociale qui s’adresse aux micro-entrepreneurs en situation d’extrême pauvreté. Son approche est globale : microcrédit, mais aussi formation, conseil individualisé, appui social et assurance au Burkina.
YIKRI intervient en milieu urbain comme rural, et s’engage particulièrement pour la sécurité alimentaire en adaptant ses services aux agriculteurs. Face au contexte difficile, un plan d’action a été adopté par son Conseil d’administration en 2024 pour toucher davantage de populations vulnérables, dans un pays qui compte plus de 2 millions de déplacés internes.
Pour qui ? Micro-commerçants précaires, femmes chefs de ménage sans garanties, personnes en zones de conflit.
6. FINEC-Burkina SA : Une initiative 100 % burkinabè
FINEC-Burkina SA (Société de Microfinance pour l’Épargne et le Crédit du Burkina) est une société anonyme de microfinance créée à l’initiative d’actionnaires burkinabè. Elle a obtenu son agrément le 6 septembre 2018, sous le numéro A-13-18-0474, selon l’arrêté N°2018-370/MINEFID/SG/DGTCP/DSC-SFD. Elle dispose d’agences à Ouagadougou (agence principale et Échangeur du Nord), Koudougou et Bobo-Dioulasso.
Sa mission déclarée est de contribuer au développement économique et social du Burkina Faso à travers le financement des petites et moyennes entreprises, dans une logique d’inclusion financière portée par des actionnaires locaux.
Pour qui ? PME burkinabè cherchant un interlocuteur ancré localement.
Comment choisir votre organisme de microcrédit selon votre profil
La microfinance burkinabè n’est pas monolithique. Il existe des institutions taillées pour des profils très différents, et choisir le bon interlocuteur peut faire la différence entre un dossier approuvé rapidement et un refus incompris.

Vous êtes commerçant ou artisan en zone urbaine, avec un besoin de financement pour votre fonds de roulement ou un équipement : ACEP Burkina est souvent le recours naturel. La rapidité de traitement, l’analyse basée sur l’activité réelle et l’absence d’épargne préalable requise jouent en votre faveur.
Vous exercez en zone rurale ou dans l’agriculture : PAMF-BF est conçue pour vous. Avec 84 % de son portefeuille orienté agriculture, elle comprend les cycles et les contraintes du monde rural mieux que la plupart des institutions.
Vous n’avez aucune garantie et êtes en situation précaire : YIKRI est la seule institution qui combine microcrédit et accompagnement social (formation, conseil, micro-assurance). Ne passez pas à côté de ses services non financiers, souvent aussi précieux que le crédit lui-même.
Vous cherchez une couverture nationale et une longue histoire : le RCPB, avec ses 200+ points de vente dans 45 provinces, reste la référence incontournable, notamment hors des grandes villes.
Vous démarrez avec peu et souhaitez progresser par étapes : AMIFA et ses prêts solidaires progressifs permettent de construire un historique de crédit sans garanties, puis d’évoluer vers des montants plus importants.
FAQ : Vos questions sur les microcrédits au Burkina Faso
Quelle est la différence entre une banque et une institution de microfinance au Burkina Faso ?
Une banque classique exige généralement des garanties solides, des seuils de prêt élevés et des délais d’instruction longs. Une institution de microfinance adapte ses produits aux personnes à revenus irréguliers ou informels, avec des montants plus petits, des procédures simplifiées et une analyse souvent basée sur l’activité réelle. En pratique, ACEP Burkina peut débloquer un financement en quelques jours là où une banque Burkinabaise prendrait plusieurs semaines ou mois.
Les institutions de microfinance au Burkina Faso sont-elles contrôlées par l’État ?
Oui. Toute institution de microfinance doit obtenir un agrément du Ministère de l’Économie et des Finances. La loi n°023/AN du 14 mai 2009 encadre le secteur, et la BCEAO supervise les structures les plus importantes. La nouvelle loi n°001-2025/ALT adoptée le 13 février 2025 renforce encore ce cadre. En avril 2026, le Ministère a publié une liste officielle de 120 structures autorisées. Avant de vous engager, vérifiez le numéro d’agrément de l’institution.
Peut-on obtenir un microcrédit sans garantie au Burkina Faso ?
Oui. Des institutions comme ACEP Burkina accordent des crédits sans épargne préalable ni garantie immobilière, sur la base d’une analyse de l’activité. AMIFA propose des prêts solidaires où la caution du groupe remplace les garanties classiques. YIKRI va encore plus loin en accompagnant des personnes qui n’auraient pas accès même à ces produits. Cela ne signifie pas que le processus est sans rigueur : votre sérieux, votre historique de remboursement et la viabilité de votre activité comptent énormément.
Les femmes ont-elles accès à des programmes spécifiques de microcrédit ?
Le secteur accorde une attention croissante à l’inclusion des femmes. ACEP Burkina s’est engagée avec l’IFC à renforcer l’accès au financement des entreprises appartenant à des femmes dans les zones rurales. YIKRI, dont la démarche sociale est la plus prononcée, accompagne en priorité les femmes en situation précaire. PAMF-BF indique que 26 % de ses emprunteurs et déposants sont des femmes. Des fonds de développement imposent également des cibles femmes à leurs partenaires IMF dans le cadre de leurs conventions de refinancement.
Comment se déroule concrètement une demande de microcrédit ?
La procédure varie selon l’institution, mais suit généralement ces étapes : présentation en agence avec une pièce d’identité, description de votre activité, éventuels documents de recettes ou d’exploitation. L’institution effectue souvent une visite terrain pour évaluer votre activité. La décision peut intervenir en quelques jours pour les petits montants, plus longtemps pour des financements importants, mais toujours bien en deçà des délais bancaires classiques.
Quels sont les taux d’intérêt pratiqués dans la microfinance au Burkina Faso ?
Les taux varient selon les institutions et les produits. La réglementation BCEAO fixe un taux d’usure applicable dans l’ensemble de l’UEMOA que les IMF ne peuvent pas dépasser. En pratique, les taux en microfinance sont plus élevés qu’en banque classique, reflétant le coût d’une gestion de portefeuilles plus fragmentés et d’une clientèle sans historique bancaire formel. Demandez systématiquement le taux effectif global (TEG) à l’institution, et non seulement le taux mensuel nominal, afin de comparer les offres correctement.
Comment éviter les structures frauduleuses ?
La méthode la plus simple : consultez la liste officielle des 120 institutions agréées publiée par le Ministère de l’Économie et des Finances en avril 2026 (document disponible via lefaso.net). Toute structure qui collecte de l’épargne ou octroie des crédits sans figurer sur cette liste exerce illégalement. La loi prévoit des sanctions pour ces structures. En cas de doute, contactez l’AP/SFD-BF, l’association professionnelle du secteur.
Conclusion : un outil puissant à utiliser avec méthode
Le microcrédit n’est pas une solution miracle, mais c’est un outil concret qui a changé la trajectoire de nombreux commerçants, d’agricultrices et d’artisans au Burkina Faso. Un commerçant en électronique de Ouagadougou a obtenu son premier prêt ACEP en une semaine, quand une banque lui aurait demandé trois mois. Une vendeuse de fruits et légumes a pu passer du commerce de détail au commerce de gros grâce à un microcrédit, comme le documente la Banque Européenne d’Investissement.
Pour mettre toutes les chances de votre côté : vérifiez l’agrément de votre institution, choisissez selon votre profil réel, lisez attentivement les conditions avant de signer (taux effectif global, durée, pénalités), et n’empruntez que ce que votre activité peut rembourser confortablement. La microfinance est un partenariat. Traitée comme tel, elle peut être un vrai levier de développement.
Sources : ACEP Burkina I IFC (Société Financière Internationale) I UMOA