Nouvelle Société Interafricaine d’Assurance (NSIA) : Guide 2025
Quand on évoque les success stories du secteur financier africain, impossible de passer à côté de la Nouvelle Société Interafricaine d’Assurance. Ce groupe ivoirien, connu sous l’acronyme NSIA, incarne parfaitement la capacité des entrepreneurs africains à bâtir des empires sans l’appui des grands groupes internationaux. Aujourd’hui présent dans douze pays du continent, NSIA s’impose comme une référence incontournable dans l’univers de la bancassurance en Afrique de l’Ouest et Centrale.
Les origines d’une aventure entrepreneuriale hors norme
L’histoire de NSIA commence en janvier 1995, dans un contexte peu favorable. Jean Kacou Diagou, alors cadre expérimenté du secteur de l’assurance, prend une décision audacieuse : créer sa propre compagnie d’assurance avec des capitaux entièrement africains. Le capital de départ ? Seulement 300 millions de francs CFA. Une somme modeste face aux géants internationaux qui dominaient alors le marché ivoirien.

Mais Jean Kacou Diagou n’est pas un débutant. Après avoir décroché son diplôme à l’École nationale d’assurances de Paris en 1972, il a gravi tous les échelons au sein de l’Union des Assurances de Paris (UAP). Chef du service sinistres, secrétaire général, puis directeur général de plusieurs filiales africaines de l’UAP : l’homme connaît le secteur sur le bout des doigts. Il a même participé à la rédaction du code CIMA, le texte qui régit les marchés d’assurance dans quatorze pays africains francophones.
Pourtant, créer NSIA relève du pari. Les investisseurs locaux restent sceptiques. Comment une société ivoirienne pourrait-elle rivaliser avec les puissantes compagnies françaises et européennes installées depuis des décennies ? Cette méfiance rend l’accès au financement particulièrement difficile. Mais Jean Kacou Diagou tient bon. Il mise sur une conviction profonde : l’Afrique a besoin d’acteurs financiers africains, capables de comprendre les réalités du continent.
Une expansion méthodique à travers l’Afrique
La première grande étape arrive dès 1996, à peine un an après la création. Les Assurances Générales de France (AGF) décident de se retirer du marché ivoirien. NSIA saisit l’opportunité et rachète leurs filiales Vie et Non-Vie. Ce coup stratégique transforme immédiatement NSIA en acteur majeur du secteur. La jeune compagnie gagne en crédibilité, en clientèle et en compétences.
À partir de là, l’expansion devient systématique. En 1998, direction le Bénin avec la création de la Nouvelle Société Assurance Bénin. Deux ans plus tard, c’est au Gabon que NSIA s’implante en rachetant l’ancienne Mutuelle du Gabon. Le Sénégal suit en 2002, puis le Congo en 2004 et le Togo en 2005. Chaque nouvelle filiale consolide la présence régionale du groupe et diversifie ses sources de revenus.
L’année 2006 marque un tournant décisif. NSIA ne se contente plus d’être un assureur : le groupe entre dans le secteur bancaire en rachetant BIAO Côte d’Ivoire, l’une des plus anciennes banques du pays. Cette acquisition fait de NSIA le premier groupe ivoirien de bancassurance, un modèle qui combine services d’assurance et services bancaires sous une même enseigne. Pour structurer cette croissance, Jean Kacou Diagou crée NSIA Participations SA Holding, la société mère qui chapeaute toutes les filiales.
La diversification continue dans les années 2010. En 2012, NSIA Technologies voit le jour pour accompagner la transformation digitale du groupe. En 2018, NSIA prend une participation dans Orange Bank Africa, la première banque entièrement numérique de la région. Aujourd’hui, le groupe compte 31 sociétés, emploie plus de 2 800 personnes et rayonne sur douze pays africains.
Un éventail complet de produits et services
L’offre de NSIA couvre pratiquement tous les besoins en matière d’assurance et de services financiers. Du côté des assurances non-vie, on retrouve les classiques : assurance automobile, habitation, santé, accidents. Mais le groupe va plus loin avec des produits spécialisés pour les entreprises – multirisques professionnelles, assurance des systèmes informatiques, protection contre les risques industriels.
Le secteur de l’assurance-vie représente un pilier essentiel de l’activité. Les produits proposés accompagnent les Ivoiriens et autres Africains à différentes étapes de leur vie : constitution d’une épargne pour la retraite avec NSIA Pension, protection de la famille en cas de décès, financement des études des enfants, préparation du départ à la retraite. Pour ceux qui hésitent entre les différentes options, il existe des guides pour bien choisir son assurance vie ou épargne adaptée à son profil. Les chiffres parlent d’eux-mêmes : en 2024, NSIA Vie Assurances a engrangé plus de 52 milliards de francs CFA de chiffre d’affaires en Côte d’Ivoire, avec près de 20% du marché de l’assurance-vie.
NSIA Banque, de son côté, s’est imposée parmi les principales banques ivoiriennes. Avec un capital qui dépasse les 23 milliards de francs CFA et plus de 80 agences rien qu’en Côte d’Ivoire, l’établissement propose une gamme complète : comptes courants, épargne, crédits immobiliers, prêts à la consommation, cartes bancaires internationales. Un bureau à Paris, ouvert depuis 2008, dessert spécifiquement la diaspora africaine. Le réseau de distributeurs automatiques dépasse la centaine et continue de s’étendre. D’ailleurs, la direction a annoncé l’ouverture d’une à deux nouvelles agences par an jusqu’en 2027, preuve que l’expansion n’est pas terminée.
Le virage digital pour rester compétitif
NSIA a compris que l’avenir du secteur financier passe inévitablement par le numérique. En novembre 2024, la compagnie a lancé NSIA Sinistre Online, une plateforme qui révolutionne la gestion des sinistres. Auparavant, déclarer un sinistre prenait en moyenne trente jours entre les rendez-vous, les formulaires papier et les allers-retours. Désormais, il suffit de moins de cinq minutes depuis son smartphone ou son ordinateur. L’assuré peut suivre en temps réel l’avancement de son dossier, recevoir des notifications à chaque étape et obtenir son remboursement bien plus rapidement.
Cette innovation répond à une frustration majeure des clients africains du secteur de l’assurance : la lourdeur administrative et le manque de transparence. Avec NSIA Sinistre Online, tout devient traçable et accessible 24 heures sur 24. Les représentants de l’autorité de régulation des assurances en Côte d’Ivoire ont salué cette avancée comme un jalon important pour moderniser le secteur.
D’autres services digitaux complètent l’arsenal : possibilité de souscrire ou renouveler son assurance automobile via WhatsApp Business, application mobile pour consulter ses contrats, payer ses primes ou actualiser ses bénéficiaires. Ces outils réduisent les déplacements en agence et améliorent considérablement l’expérience client.
Un engagement social ancré dans l’ADN du groupe
Au-delà des affaires, NSIA a développé une dimension sociale forte. La Fondation NSIA, créée en 2014, concentre ses efforts sur l’éducation, particulièrement la scolarisation des enfants dans les zones défavorisées. Des écoles ont été construites dans plusieurs pays d’implantation du groupe. La fondation soutient également l’insertion professionnelle des femmes et des jeunes, deux catégories souvent marginalisées sur le marché de l’emploi africain.
Cette philosophie se retrouve aussi dans la politique commerciale. NSIA cherche à démocratiser l’assurance, un secteur perçu comme élitiste sur le continent. Le taux de pénétration de l’assurance reste dramatiquement faible en Afrique : moins de 1% dans les douze pays où NSIA opère, contre 7% au niveau mondial. Des millions d’Africains vivent sans aucune couverture, exposés financièrement au moindre accident ou maladie. NSIA travaille à rendre ses produits plus accessibles, notamment à travers la micro-assurance et des formules d’entrée de gamme abordables.
Une position solide sur un marché en croissance
Le marché ivoirien de l’assurance continue sa progression. En 2024, le secteur a généré 628 milliards de francs CFA de chiffre d’affaires, soit 4% de plus qu’en 2023. NSIA figure parmi les trois premiers acteurs du pays et domine certains segments, notamment l’assurance santé où le groupe détient la première place avec plus de 13 milliards de francs CFA de primes encaissées.
Cette performance repose sur plusieurs facteurs : un réseau d’agences dense, des équipes commerciales motivées (NSIA récompense régulièrement ses meilleurs vendeurs avec des véhicules neufs et des primes substantielles), une gamme de produits complète et des tarifs compétitifs. La certification ISO 9001, obtenue avant tous les concurrents en Côte d’Ivoire, témoigne aussi du sérieux de l’organisation.
L’ambition affichée par Jean Kacou Diagou reste claire : faire de NSIA le premier groupe de bancassurance et de micro-assurance d’Afrique. Un objectif ambitieux face à la concurrence des banques panafricaines et des grandes compagnies d’assurance internationales. Mais le parcours accompli depuis 1995 montre que rien n’est impossible pour ce groupe qui a su s’imposer sans soutien étranger.
Les défis à venir
Malgré ses succès, NSIA doit relever plusieurs défis. La faible culture de l’assurance en Afrique représente un frein structurel. Convaincre les populations de l’utilité de s’assurer demande des investissements massifs en communication et en éducation financière. La concurrence s’intensifie aussi, avec l’arrivée de nouveaux acteurs digitaux qui proposent des assurances entièrement en ligne à des tarifs agressifs.
Le contexte économique reste volatil dans plusieurs pays d’implantation, avec des crises politiques ou sécuritaires qui perturbent les activités. Le groupe a d’ailleurs enregistré une rentabilité en baisse ces dernières années en raison d’un nombre élevé de sinistres. En juillet 2023, la nomination d’un nouveau directeur général, Magloire Dochamou, visait précisément à redresser la barre et optimiser la gestion.
La transition énergétique et les enjeux climatiques créent également de nouveaux risques à couvrir, nécessitant des produits adaptés. NSIA devra innover pour accompagner cette transformation tout en maintenant sa profitabilité.
Un modèle inspirant pour l’entrepreneuriat africain
L’histoire de la Nouvelle Société Interafricaine d’Assurance prouve qu’il est possible de bâtir un grand groupe financier africain sans l’appui des multinationales occidentales. En trente ans, NSIA est passé d’une start-up sous-capitalisée à un empire de la bancassurance présent dans douze pays, employant des milliers de personnes et gérant des milliards de francs CFA d’actifs.
Ce succès inspire toute une génération d’entrepreneurs africains qui rêvent de créer des champions continentaux. Il démontre aussi que les institutions financières africaines peuvent rivaliser avec les acteurs internationaux, à condition d’avoir une vision claire, une gestion rigoureuse et une capacité d’adaptation aux réalités locales.
Pour les Ivoiriens et les citoyens des onze autres pays où NSIA opère, le groupe représente bien plus qu’un simple assureur ou une banque. C’est le symbole d’une Afrique qui prend en main son destin économique, qui construit ses propres institutions et qui prouve au monde sa capacité à générer de la valeur. À l’heure où le continent cherche à réduire sa dépendance économique extérieure, des modèles comme NSIA montrent la voie.